Ce matin je suis passé à deux doigts d'un très grand moment de solitude. Un grande conférence scientifique en ce moment au Tokyo international forum, la session plénière d'ouverture pleine à craquer, des sommités assises mollement dans leurs fauteuils sur deux étages. Il est 9h30 et Monsieur Be, vétue de son plus beau costume à rayure, cravaté comme il convient, arrive à la bourre et essaye de se trouver une place discrète au fond de l'amphitéatre. Petite porte dérobée menant surement dans un coin sombre et peu illuminé, Monsieur Be entre sur la pointe des pieds et se retrouve bien entendu à deux mètres de l'estrade. Le Plancher ciré des escaliers resonne sous ses semelles glissantes pendant que l'orateur peine à reveiller les auditeurs à coups de vue en coupe de cellules. Et là, c'est la presque chute. La glissade inopinée sur une marche d'escalier et un fracas de tous les diables provenant des ses talons sur le boix précieux.
Heureusement : i. Monsieur Be a des années d'experiences de vautrage et de rattrapage de chute. ii. Monsieur Be s'est retenue de crier " EH MERDEUUUUUUUUH!!!!!!!!! chiééééééééééééééé". iii. L'orateur ne s'est pas arrété de commenter son powerpoint. iiii. Il faisait quand même un peu sombre.
Mais on n'est pas passé loin....
Et pour se consoler un Hippy hole de Th'Faith Healers
Il y a bien un mois de cela c’était la fête de l’école. Des heures et des heures de préparation pour offrir a tous une bonne occasion de se goinfrer de saucisses et de ババパパ. Madame Ga a été réquisitionnée. Affublée d’un magnifique tablier et d’un joli fichu, madame a tenu le stand riz, thé et acerola juice. Et vas-y que je fais la marchande en japonais, que je discute avec les clients et que je te rende la monnaie avec moult remerciements. La grande classe Madame Ga !Au Japon les saucisses portent des canotiers.
Je suis bordélique et je commence à en avoir assez. On pourrait penser que les scientifiques ont un esprit clair, rigoureux, carré, ordonné et que leur vie et leur bureau en est le reflet. C’est faux. Du moins dans mon cas. Mon bureau ressemble à un dépotoir, il a des tonnes de papiers qui sédimentent sous des bouteilles vides, des boîtes d’échantillons qui supportent des blocs d’alims et des câbles. Des cartes de visite jetées en vrac sous des boîtes de wafer, et des litres de poudre de diamant en solution. Mais le pire c’est que c’est rien a coté de certains, ici ou en France. J’ai vu des tiroirs de bureau sortis qui supportaient des piles de papiers de la taille d’un enfant. J’ai vu des téléphones cloués au mur puisqu’il n’y a plus de place sur le bureau depuis pas mal d’années. J’ai vu un doraemon volant écrasé sous des livres. J’ai vu des étagères pleines de boîtes d’échantillons qui datent de la fin de la seconde guerre mondiale….et la dedans je n’arrive pas à retrouver MA boite de masques. Une pauvre petite boîte transparente avec marqué bounowa dessus et qui contient mes précieux masques en quartz recouverts d’une fine couche de Chrome et des dessins de motifs délicats et précis. J’ai fouillé partout et rien n’y fait, j’y ai passé une bonne partie de l’après-midi et toujours que dalle nib. Elle est partie. Elle se cache. Elle a été enlevée par des méchants.
Tu préfères, à vie avoir la tête de la taille d'une mini montgolfière, c'est à dire être obligé de se raser avec une tondeuse à gazon entre autres désagréments, ou toute ta vie flotter dans l'air, à 10cm au dessus du sol, et pour marcher c’est pas facile, à vie?
Bon, promis c'est le dernier. Et puis pour se calmer, rien ne vaut cet excellent morceau de Basement Jaxx avec Siouxsie.
Elle s'appelle Marguerite. Garance et Judith sont fières d'avoir une nouvelle cousine. Nous envoyons pleins de bisous du Japon à marguerite, à sa grande soeur et à sa maman. (le papa il pique avec sa barbe alors on lui fait juste un hug....), du coup on est aussi un peu triste d'être aussi loin et de ne pas pouvoir voir la quatrième petite princesse. Félicitations!!!
Yuko San m'a appelé hier pour me rappeler la birhtday partie de Shawn kun, et c'était une bonne chose car je n'avais pas mis le sticker adéquat dans mon agenda pour ce mercredi là. Qu' à cela ne tienne, organisons, décidons donc de la recherche d'un cadeau pour un petit garçon de 5 ans. A 10h30, je suis devant le Tokyu, qui n'ouvre comme toute bonne boutique tokyoite qu'à 11h. La foule est là, impatiente, mais discrète, debout devant les portes, ou assise dans la salle d'attente prévue à cet effet. A 11H pile, on s'engouffre dans les escalators au son des cris de joie des responsables de chaque rayon, qui un signe de tête, qui une main désignant le chemin à suivre en inclinant gracieusement le buste, psalmodient la lithanie du gentil vendeur modeste : "Bienvenue à toi, ô client bien aimé qui daigne de ton pas léger fouler le linoléum de notre depato, saches que tes désirs sont les gants où nous enfilons les doigts agiles de notre savoir-faire prompt à te satisfaire". Je blague.
Bref, j'ai tourné et retourné toutes les boites de jeux, toutes les figurines et tous les puzzle, en proie à une double angoisse, celle de ne pas trouver LE cadeau, et celle de louper l'heure de la sortie de l'école, en cherchant vainement la mention "jouet idéal pour garçonnet de 5 ans et surtout Shawn kun". Ne la trouvant pas, j'ai jeté mon dévolu sur trois des plus affreux et innénarables monstres gluants à écailles et serres destructrices qu'Ultraman ait jamais eu a affronter. 11h30, sortie de classe, regroupement et emboitement de pas du convoi de mamans, celles invitées aussi qui connaissent le chemin. Débute alors aux environs de midi dans un appartement de Shotto, une des plus surréalistes birthday party auxquelles j'ai participé.
Yuko San et son mari Brian ont cuisiné toute la matinée, boulettes de viande, gratin de nouilles, légumes divinement marinés, fromage, boules de riz-sésame, salade parfaite et champagne. "Campai!", annonce Yuko en regardant la pendule ," buvons, de toutes façons ce n'est plus le matin". Et nous avons bu. Un verre, deux, puis quatre. Les enfants jouent crient, s'éclatent ; Yuko remplit les verres ; Brian monte le son de la chaine. Les enfants se lancent des ballons, on trinque, arrive un bon solo de guitare qui tache, les enfants sont sur le canapé à bondir, se jettent des jouets en riant aux éclats, Michiyo a les tempes violettes, la bouteille tourne, ce champagne est fameux, on parle très fort et on rit, Miyuki me demande si j'aime boire, tout est délicieux. Il y a là la maman de Yuko qui est la plus cool des mamies japonaises que je connaisse, qui nous raconte calée dans son levis les différentes aventures que lui a amené la vie, en tire de sages conclusions et nous rassure quant aux difficultés de l'existence "ne vous inquiétez pas trop, de toutes façon ça passe et l'on n'en garde que des bons souvenirs". D'un seul coup il est 14h, et avant que les enfants s'attaquent à la tapisserie, Brian descend tout le monde au parc. On reste peinardes avec nos flûtes, à papoter avec de moins en moins de retenue. Yuko me fait un signe et on s'eclipse, on va fumer sur son balcon. "Ma mère sait que je fume, mais elle n'aime pas ça, ne dit rien!". On ricane sur son balcon, et avant de retourner au salon, Yuko nous parfume pour masquer l'odeur. J'ai l'impression d'avoir rajeuni. Puis on débouche le St Emilion. Mhh.
Vers 15h, la gent enfantine se fend d'un "tadaïma!" tonitruant, et Yuko sert le gâteau, crémeux énorme, superbe. On chante, armés de nos caméras, les enfants ont tous leur chapeau en carton de rigueur. Puis on distribue les cadeaux. Mes monstres viennent compléter la collection de Shawn, sans, j'en suis fière, faire de doublon. Ensuite vient l'heure de la surprise.
Je suis aux anges. L'ambiance est par-faite. Ultraman ne pipe mot, mais ces gestes sont éloquents, sont latex est...seyant. Puis il repart dans le couloir en éclairant les murs. L'après midi se tire, le jour baisse, j'ai l'impression de connaitre toutes ces mamans que je cotoie depuis un an maintenant, sous un jour qui les fait me ressembler, enfin. L'alcool dissout-il le vernis japonais? Yuko demande aux enfants de ranger, et enclenche le Winnie de Halloween sur l'écran panoramique. C'est l'heure des snacks et des bonbons. On est bien, je suis pas pressée de rentrer. Une cigarette sur le bacon, puis Yuko sort les bières, "un dernier toast avant de partir". Tout le monde a une descente époustoufflante.
A la maison, ma tête commence à cogner, et mon énergie s'enfuit, loin, aurevoir tonus ! Heureusement, j'ai un mari moderne qui cuisine et fait manger les enfants. Je suis une glute, je m'oublie en croquis ineptes en programmant mentalement tous les mercredis de l'année. Des comme ça j'en veux tous les jours.
Au Japon il y a des tremblements de terre. Assez souvent en fait mais la je ne vous apprends rien. Les Japonais ont donc des normes sismiques pour la construction assez dure. Les immeubles doivent pouvoir osciller comme des mollusques spongieux balayés par les courants sans se briser et ont donc très souvent une armature métallique. A force d'ondoyer lascivement au gré des ondes telluriques, les matériaux travaillent et fatiguent. Je ne sais pas vraiment si c'est la raison mais les maisons sont ici très souvent reconstruites, genre tous les 20 à 30 ans... Souvent à l'identique. Par consequent seul le prix d'un terrain reste constant ou augmente. le cout d'une construction, elle, ne fait que diminuer. Dans ce cas la, il vaut mieux acheter une maison qu'un appartement pour garder son capital. C'est pourquoi les Japonais préfèrent acheter une terrain pour y faire construire et reconstruire, même si le terrain fait 50m2... D'ou la profusion de maisonettes collées les unes aux autres, souvent à quelques centimètres les unes des autres. Est ce qu'un Japon sans tremblements de terre aurait il ressemblé à ce qu'il est actuellement?
Les Japonais sont des maniaques du train (et de beaucoup d'autres choses aussi...). La ville est organisée autour du train. Dans chaque quartiers, on retrouve la même concentration autour des gares, le supermarché, le pachinko, le doutor, le yoshinoya et le primeur tenu par un papi de 96 ans etc. Les quartiers d'habitation entourent la gare et le prix du mètre carré décroit en fonction de la distance à la gare. Je n'ai jamais vu ailleurs d'organisation urbaine de la sorte.